Le lancement d’une nouvelle filière se prépare pendant des mois : étude de marché, choix stratégiques, montage financier. Une croissance externe se négocie pendant des mois : audits, valorisation, montage juridique. Mais à un moment précis, tout se cristallise dans un acte : la signature qui lance officiellement le projet, la date à laquelle la nouvelle activité rejoint l’organisation. Ça, c’est le changement : le résultat d’un processus, mais un basculement net et daté.
La transition, c’est autre chose : le temps qu’il faut à une organisation pour arrêter de fonctionner comme avant, sans encore savoir comment fonctionner après. Le psychologue américain William Bridges a théorisé ce moment il y a quarante ans : entre l’ancien modèle qui se termine et le nouveau pas encore stabilisé, il y a une zone entre-deux, souvent plus longue et plus fragile qu’on ne l’imagine. C’est souvent dans cet entre-deux que les transformations se fragilisent. Les dirigeants sont souvent bien armés pour décider, négocier et acter. Beaucoup gèrent moins bien la transition : ils pensent qu’une fois l’acte signé, le plus dur est derrière eux. C’est souvent l’inverse.
Cette zone entre-deux prend des formes différentes selon les sujets : une filière agricole à rendre concrète auprès des agriculteurs, une croissance externe dont l’intégration humaine reste à faire, une unité industrielle dont le démarrage réel se joue sur le terrain, un besoin en matière première dont l’approvisionnement reste à sécuriser dans la durée…
Dans tous les cas, la décision est prise ; c’est la mise en mouvement qui reste à faire.
C’est exactement l’espace qu’occupe une société de management de transition: trouver et mettre en mouvement le bon profil pour tenir cette zone grise.
Le manager de transition, lui, l’incarne concrètement, qu’il intervienne en direction générale, à la tête d’une filiale ou dans le pilotage d’un projet stratégique. Il s’installe, prend les décisions du quotidien, porte des arbitrages impopulaires qu’il est parfois plus difficile d’assumer en interne sans fragiliser des équilibres établis, puis repart une fois le nouveau modèle stabilisé.
Et vous, la dernière transition que vous avez vécue ou pilotée, comment s’est-elle passée ?
Le changement, c’est une décision prise,La transition, c’est tout ce qui se passe pour y arriver.

